Semaine des médias à l’école
Vos retours d’expériences

Maurine Mercier : « Je ne crois pas à la news fatigue. »

En février 2026, cela fera 4 ans que les Russes auront lancé « l’opération spéciale » en Ukraine. Combien sont-ils, les correspondants de guerre permanents ? Au maximum dix, pour toutes les langues du monde. Parmi eux, Maurine Mercier pour la Radio Télévision Suisse (RTS). En prélude à la Semaine des médias à l’école 2026, la journaliste était de passage lundi 15 décembre 2025 au Lycée Jean-Piaget à Neuchâtel. Deux classes de 3e année ont eu le privilège d’échanger avec elle sur son vécu dans un pays en guerre. Vécu dont elle témoigne dans le formidable podcast « Carnets d’Ukraine ».
https://www.rts.ch/audio-podcast/2024/emission/carnets-d-ukraine-28707642.html

Maurine Mercier, c’est Madame 100’000 volts au pays des coupures de courant. Une sprinteuse capable de s’aligner sur le marathon. Une brindille plus costaude que les reporters taillés comme des Rambo. « Je suis une foldingue, j’aime les gens », dit cette journaliste au regard bleu qui s’assume « hyper heureuse de nature ». Et pourtant… « On me convie à des enterrements trois fois par semaine », confie-t-elle aux étudiants. Elle s’y rend en tant que « Maurine », pas en tant que journaliste. Parce qu’elle s’est fixée pour ligne de prendre régulièrement des nouvelles des gens rencontrés : « Un moyen de garder de l’humanité, de ne pas se sentir vautour ».

Comment fait-elle pour évacuer le trop-plein d’émotions et ne pas devenir zinzin ? « Je ris, je pleure, je chante, je danse, je fais des exercices de respiration. Et à 44 ans, je me suis mise au surf. L’océan, ça nettoie… » Une technique de vétéran des marines, qu’elle applique lors de ses congés.

Le podcast, pour Maurine Mercier, c’est « le début de la liberté », « une manière de raconter la guerre plus directement ». « J’essaie de répondre à mes curiosités, de manière très instinctive. J’enregistre pendant des heures et je mets deux jours et deux nuits à faire le montage d’un podcast. Quand il faut retenir deux fois 20 secondes d’une discussion qui a durée trois heures, c’est chaud ! »

Eprouve-t-elle de la haine pour Vladimir Poutine ? « Non. Pour la guerre, oui. La guerre, ce n’est pas un match de foot. C’est effroyable. » Pour Maurine Mercier, c’est la fierté du service public que de faire vivre l’actualité en maintenant des journalistes sur place. Elle ne croit pas à la « news fatigue »…à condition de savoir se remettre en cause et d’inventer de nouvelles manières de témoigner du quotidien des Ukrainiens : « Si on donne de l’énergie aux auditeurs, c’est bien. Même dans les drames, il y beaucoup de lumière ».

Elle qui se qualifie d’ancienne « cancre, qui ne votait pas » exhorte les étudiants à suivre l’actualité. Pour se montrer « plus clairvoyants et complètement citoyens ». Elle a vu en Libye des gens mourir pour la liberté d’expression. Pour elle, la démocratie est « un cadeau à chérir ». Et la « foldingue » de lancer aux jeunes : « C’est peut-être vous qui allez le régler, ce conflit ! »

Des élèves du Lycée Jean-Piaget ont à leur tour réalisé un podcast-interview avec Maurine Mercier. Il est en écoute ici : https://bdper.plandetudes.ch/ressources/25330/video/yt/1MbLVE2xYHg/